Autopsie d’un génocide

Pour qu'il y ait génocide, il faut réunir trois conditions :

  1. les victimes font partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux ;
  2. elles sont tuées ou persécutées pour leur appartenance à ce groupe ;
  3. le crime collectif a été intentionnel et planifié par les dirigeants d'un État ou d'un parti politique, et commis en leur nom ou avec leur consentement exprès ou tacite.

Le crime génocidaire obéit presque toujours au même schéma :

  1. désignation d'un ennemi intérieur ou extérieur, « ciblé », « étiqueté », « isolé » et « stigmatisé » en fonction de son groupe d'appartenance (groupe national, ethnique, racial ou religieux) ;
  2. suppression des droits civiques du groupe ciblé, si nécessaire ;
  3. intention d'éradiquer y compris par la famine ou l'impossibilité de se reproduire biologiquement ou socialement ;
  4. propagande et discours haineux d'exclusion des membres du groupe ciblé ;
  5. planification concertée du crime collectif ;
  6. création d'organisations policières, militaires ou paramilitaires pour accroître l'efficacité de l'éradication ;
  7. exécution du plan par des massacres massifs du groupe ciblé.

Le génocide est la forme la plus absolue de violation des droits humains, le plus grave des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre : l'extermination intentionnelle et systématique, totale ou partielle, d'une communauté civile.

Cependant, tout massacre et tout « meurtre de masse » ne constituent pas un génocide. Ce qui particularise un génocide, c'est l'intention d'exterminer en tout ou en partie un groupe ciblé, peu importe l'âge et le sexe des victimes. Chaque membre du groupe ciblé est destiné à la mort.

Le génocide n'est pas un massacre spontané. Il est le fruit d'un plan coordonné et élaboré par un gouvernement autoritaire ou dictatorial.

Le nombre de morts ne suffit pas à qualifier un massacre ou plusieurs massacres de génocide. Il existe, entre génocide et guerre, un lien évident, car presque tous les cas de génocide se sont produits dans un climat de guerre ou de menace de guerre. Même s'ils font quantité de victimes, les guerres civiles, les conflits intercommunautaires et les guerres entre États rivaux ne sont pas nécessairement des génocides.

Le mot génocide a une grande charge émotive, si bien que tout peuple victime d'exactions veut faire qualifier ses souffrances de génocide. De nombreux massacres perpétrés au cours du XXe siècle, même s'ils présentent une ou deux conditions du génocide, n'en sont pas vraiment, tant que n'est pas établie au-delà de tout doute l'intention génocidaire. Dans ces cas, les qualificatifs de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre sont plus appropriés.