Prévenir le génocide

Le génocide n'est pas le produit d'une seule culture, d'une seule religion ou d'un seul pays comme en témoigne la diversité géographique des crimes commis sur tous les continents. Aucune appartenance ethnique, religieuse, nationale ou autre ne prédispose au meurtre. Des pays appartenant à des cercles culturels très divers, comme l'ex-Yougoslavie en Europe, le Rwanda en Afrique, le Cambodge en Asie s'en sont rendus coupables.

C'est dire combien est fausse l'idée selon laquelle une culture particulière serait génétiquement ou culturellement prédisposée au génocide. Il est tout aussi erroné de croire que des « nations civilisées » ne peuvent commettre un génocide.

Primo Levi, Juif italien survivant du camp de concentration d'Auschwitz, postulait que le fait de penser l'étranger comme un ennemi est une infection latente qui risque de mener à l'inhumanité. Primo Levi a toujours dénoncé la tentation constante des « hommes quelconques, ordinaires, prêts à croire et à obéir sans discuter. Il faut donc, écrit-il, nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voix que celle de la raison. »

L'écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, nous invite à nous méfier des « identités meurtrières », cette envoûtante faiblesse à vouloir appartenir exclusivement à un pays, à une nation, à une ethnie, à une religion, à une couleur, pour justifier l'exclusion sinon l'élimination des « Autres », ceux qui nous sont différents.

Aucune barrière légale et institutionnelle, pas même la menace de se voir juger par la justice internationale n'est susceptible de prévenir totalement de nouveaux génocides. La démocratie représente probablement le seul rempart efficace contre les atrocités de masse. En effet, aucun génocide du XXe siècle n'a été perpétré dans un pays où régnait la démocratie. Seule la conscience démocratique doublée d'un humanisme profond peut protéger un pays ou un peuple de tentations génocidaires. Il est donc indispensable d'éduquer les nations dans un esprit de tolérance et d'élever la morale des individus et des sociétés.

Le rôle de la communauté internationale est également fondamental. En 1994, son inaction au Rwanda a créé un climat d’impunité propice au déchaînement d’une violence à l’ampleur terrifiante. Il en est de même au Darfour depuis 2003. Les leçons tirées du génocide rwandais rappellent que la responsabilité de la communauté internationale dans la protection des peuples vulnérables aux génocides est essentielle.